La blogueuse

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Confidences et réflexions d'une généalogiste passionnée par l'histoire des individus, de leur famille et de leur époque

lundi 5 décembre 2016

Sept ans de réflexion

Quelques mois après la naissance de mon site Internet de généalogiste professionnelle Mémoire vive - études généalogiques et familiales en février 2010,  j'ai ressenti le besoin de compléter mon travail de recherche et de transmission de la mémoire familiale, par la création d'un blog afin de partager, réfléchir et poursuivre par d'autres moyens les conversations qui se déclenchaient dès que je prononçais autour de moi le mot "généalogie". Le premier billet de Mémoire vive - coté blog a été publié en décembre 2010 et s'intitulait "Naissance d'un blog".

L'idée d'alors qui prévaut toujours était de rentrer en résonnance avec les autres, d'aller du personnel (en l'occurence mes expèriences et mes réflexions) à l'universel. Les débuts ont été modestes et les premiers billets trouvent leur inspiration dans mon histoire familiale et mes premières recherches. Quatorze billets en 2011 à la fréquence d'un par mois. Dix-sept billets en 2012 et quarante-sept en 2013, année de la première édition du Challenge AZ puis redescente à trente-quatre en 2014, chute vertigineuse et premiers doutes en 2015 avec sept billets et remontée à trente (celui-ci inclus) en 2016.

A la naissance du Blog est venue s'ajouter la création de mon compte Twitter et la découverte d'une communauté de généalogistes qui sévissait sur les réseaux sociaux et qui partageait, articles, expèriences, méthodes avec beaucoup de bienveillance, d'humour et de générosité. Je sortais enfin de l'isolement qui est souvent le revers de la médaille d'une activité libérale et solitaire. Une vraie bouffée d'oxygène et le sentiment d'appartenance à une communauté, certes par l'intermédiaire d'un écran, mais bien réelle au demeurant.

Les "généablogueurs" se sont depuis multipliés, le challenge AZ a fait des émules et ce monde de la généalogie connectée est devenu très dynamique.

L'année qui vient de s'écouler a été particulièrement difficile sur le plan familial suite au décès de mon père en décembre dernier. Même si mon blog est toujours visité, si mes articles sont lus, il me manquera toujours un lecteur. J'avoue que le travail d'écriture m'est devenu pénible, l'inspiration est devenue rare, et une troisième participation au Challenge AZ en juin dernier a tarit sa source. Les recherches ne sont hélas pas toujours faites d'anecdotes étonnantes, ou de rencontres inédites. La confidentialité à laquelle je suis tenue envers mes clients m'interdit de partager certaines découvertes et révélations qui pourraient cependant faire de bons billets.

Sept ans âge de raison ? Je ne sais pas si cela peut s'appliquer pour un blog, mais il est certain que le temps est venu pour moi de le renouveler, aussi bien dans sa forme que de son fond et ce sera le chantier du mois de janvier. D'ailleurs, toutes les idées et les suggestions sont bonnes...

A suivre donc, je vous donne rendez-vous en 2017 et si vous êtes en panne d'idées cadeaux pour les fêtes venez faire un tour sur le site de Mémoire vive !



mercredi 13 juillet 2016

Un cadeau du passé

Lors du dernier Challenge AZ, j'ai rédigé un billet qui retraçait l'histoire des soeurs Marie et Marguerite, les cousines germaines de ma grand-mère.

Quelques semaines après sa parution, ma tante me disait avoir retrouvé dans ses papiers une partie de la correspondance qu'elle entretenait avec Marie, alors dame âgée et retirée du monde dans une institution catholique en Saône-et-Loire.
Dans l'une de ces missives datée de juin 1979, elle évoque la venue prochaine de ma tante, avant celle de mes parents, qu'elle désigne sous le nom des "Philippe" (prénom de mon père). Elle profitera de sa visite pour lui confier à mon intention "la petite Anne Elisabeth" son chapelet.


Ma tante est effectivement passée la voir en ce début d'été 1979, a bien reçu le présent et puis le temps passant a oublié de me le remettre. Je n'avais pas encore huit ans, et un chapelet n'était pas forcément digne d'intéret pour un enfant de cet âge. Cependant, elle l'avait gardé dans ses affaires.

Puis trente-sept années plus tard, ma tante m'a remis la lettre et ce présent. 


Je ne peux m'empêcher d'y voir un symbole, un cadeau d'outre-tombe de la part de celle qui pendant de longues années a été la gardienne de l'histoire familiale. Elle avait annoté certains faire-part d'anecdotes ou encore de détails plus tragiques. Elle était très croyante et pratiquante, comme pouvait l'être une femme de son époque, élevée dans la religion et demeurée célibataire tout au long de son exsistence. Elle devait y trouver un certain réconfort après le décès prématuré de sa soeur aimée Marguerite, puis la disparition de ses parents. Peut-être aussi le moyen pour elle de donner un sens à toutes ces épreuves. 

Je suis profondément touchée par cet objet, non pas par sa dimension religieuse, me considérant agnostique, mais pour sa valeur affective et symbolique. Elle a du recevoir ce chapelet comme le veut la tradition lors de sa communion solennelle, de la part de ses parrain-marraine. Elle l'a conservé, s'en est servi lors des offices religieux, lors de ses moments de recueillement. Il y a quelque chose de très personnel lié à ses pensées les plus intimes. 

En le recevant aujourd'hui, je reçois aussi sa bénédiction, son approbation quant aux recherches familiales que je mène depuis quelques années maintenant, mais aussi une forme de remerciement pour ne pas l'avoir oubliée, elle, sa soeur et ses parents, cette branche familiale disparue sans descendance directe. Je me sens très honorée.

Photo de Marie (à droite) et sa soeur Marguerite
© Jourda


jeudi 30 juin 2016

Z comme Zarafa

Je termine cette nouvelle édition du Challenge AZ avec celle qui est à l'origine de ma vocation et de ma découverte de la généalogie, la douce et élégante Zarafa.


Mes premières recherches généalogiques se sont portées sur la famille de mon mari, et c'est ainsi que nous avons pu refaire connaissance avec Gabriel Dardaud, frère aîné de l'arrière-grand-père de mes enfants, dont nous connaissions déjà l'existence ainsi que sa grande carrière de journaliste. Il y avait aussi quelques photos anciennes, où il pose avec ses frères. On savait que les parents de ces garçons étaient décédés prématurément (voir le billet F comme Flore ) avant la première guerre et que les enfants avaient été séparés. Voilà le point de départ de nos recherches qui devaient nous emmener loin, dans le temps et l'espace, et notamment sur les rives du Nil.

© Dardaud

Gabriel Dardaud était journaliste et correspondant de guerre, directeur de l’agence France-Presse pour le Moyen-Orient et envoyé permanent pour différents médias de la presse écrite et radiophonique. Il  a exhumé cette histoire des archives de la bibliothèque nationale du Caire où il demeurait. Il entreprit alors de relater cette véritable épopée qui allait mener ce girafeau, baptisé Zarafa, de son Soudan natal où l’animal avait été capturé, jusqu’en France.

Le livre de Gabriel Dardaud  "Une girafe pour le roi" est publié  pour la première fois en 1985. Il a été réédité en 2007, préfacé et annoté par Olivier Lebleu, spécialiste de la girafe, lui même auteur du superbe livre "Les avatars de Zarafa", sur l'incroyable girafomania, que suscita l'arrivée de la première girafe sur le sol français.




Outre la girafe, véritable héroïne de ce récit, Gabriel Dardaud met en scène un roi français, Charles X,  frère de Louis XVI et de  Louis XVIII à qui il vient de succéder ; un pacha, musulman albanais d'origine, Mohammed Ali, vassal du sultan de Constantinople dont il cherche à s'émanciper et à obtenir un jour l'indépendance de l'Egypte ; un diplomate piémontais, Bernardino Drovetti,  représentant de  la France pendant près de 25 ans auprès du Pacha, à qui il va souffler l'idée de ce fabuleux cadeau ; un scientifique éminent et vieillissant en la personne de Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, qui n'hésitera pas à payer de sa personne en allant lui même chercher la girafe à Marseille et en l'accompagnant, à pied, jusqu'à Paris.




On rencontre également un palefrenier avisé, le « Saïs » Hassan, qui va prendre grand soin de ce précieux chargement ; deux jeunes soudanais, Atis et Youssef, également du voyage pour accompagner et aider l'animal à s'acclimater. Un couple d’antilopes et trois vaches, dont le précieux lait permettra de nourrir et de maintenir en bonne santé le jeune animal, complètent ce cortège insolite, placé, le temps de la traversée de la méditerranée, sous la surveillance de militaires de haut rang.

Tous ces protagonistes apportent à ce récit historique une touche de romanesque, sur fond de géopolitique, donnant un instantané des relations internationales et de ses enjeux dans cette première moitié du XIXe siècle. Nous avons là un éclairage inédit d'une période de l'histoire mal connue.

Quant à son auteur, Gabriel Dardaud, Olivier Lebleu retrace dans la préface du livre sa vie et son œuvre et nous décrit, dans ces premières pages, un homme à l'histoire tout aussi passionnante. Grand témoin du siècle dernier, de ses contractions et de ses évolutions, spécialiste du Moyen-Orient où il aura passé la majeure partie de sa vie, nous nous trouvons en présence d'un homme doté d'une personnalité remarquable. La mise en perspective de sa propre confrontation à l'histoire et le récit étonnant qu'il nous offre, donne au livre une dimension particulière, absente de la première édition.

Une rencontre avec une girafe et un homme, tous deux aux destins hors du commun, voici une première recherche qui plaçait ma carrière débutante sous les meilleurs auspices...