Mémoire vive / Côté professionnel

Mémoire vive / Côté professionnel
De la découverte de vos ancêtres à la transmission de vos histoires et souvenirs de famille

vendredi 17 juin 2016

O comme Officier d'état civil

Qui se soucie du nom de l'officier d'état civil qui remplit l'acte de naissance, de mariage et de décès ?
Voila ce qui m'est arrivé il y a quelques années alors que j'effectuais des recherches à titre professionnel.

Lors de la première rencontre avec une personne qui vient solliciter votre aide pour retrouver ses ancêtres, on lui pose naturellement de nombreuses questions. D'où venez-vous ? D'où sont originaires vos parents ? Que savez-vous de vos origines familiales ? Que souhaitez-vous comme recherche ? A partir de ses réponses se dessinent progressivement les contours de la recherche à venir ainsi que les lieux où elle va nous emmener. Terres connues, terres inconnues, nous nous préparons à voyager dans le temps et dans l'espace, à travers l'exploration de régions, de départements, de communes aux noms parfois si poétiques. L'entretien terminé, nous sommes prêts à partir, tels des aventuriers, armés de la carte des archives départementales accessibles depuis le Net, de notre calendrier révolutionnaire, de nos codes d'accès à différents sites dédiés, de provisions de thé et de café, et bien sûr, en cas d'urgence et d'égarement, de fusées de détresse à envoyer via les réseaux sociaux à la communauté de généalogistes qui y sévit.

Cette nouvelle cliente ne connaissait que peu de choses de la branche paternelle de sa branche maternelle. Elle savait juste que son grand-père était originaire du Morvan. Cette région aux confins de l'Yonne, de la Nièvre, de la Côte-d'Or et de la Saône-et-Loire est chère à mon cœur. C'est la terre d'une partie de mes ancêtres et sur laquelle évoluent encore nombre de leurs descendants.
La recherche s'annonçait bien, j'étais en terre connue.


©Anne Dardaud
Je finis par apprendre que ce grand-père était né au début du siècle dernier à Ouroux, rebaptisé depuis les années soixante, Ouroux-en-Morvan, dans la Nièvre. Le champ de recherche se réduisait et d'heureux hasards m'amenaient sur le territoire d'une commune que je connais physiquement, dans une aire géographique familière.

Ouroux-en-Morvan

Les tables décennales et les registres n'étant pas alors accessibles sur Internet, je commence alors mes explorations par le recensement de la commune en 1911 ; là je trouve la famille en question, ainsi que leurs professions et leurs lieux de naissance. Le père est né à Paris, mais la mère, dont le nom de jeune fille n'est pas mentionné, est née à Montsauche, en 1891. Or Montsauche, rebaptisée également Montsauche-les-Settons, est l'autre berceau de ma famille : mon arrière-grand-mère y est née, et son père en a été le maire de 1875 à 1914. En mon for intérieur, je me dis qu'il serait amusant, au détour d'un acte, de le retrouver dans ses fonctions d'officier d'état civil.

Il s'agit du Docteur Charles Monot, dont j'ai déjà parlé dans ce Blog et dont voici le merveilleux portrait.

©Anne Dardaud
Né à Moux dans la Nièvre en 1830,  il "monte" à Paris faire ses études de médecine. Très tôt sensibilisé aux problèmes de mortalité infantile, il est l'auteur de l'essai "De la mortalité excessive des enfants pendant la première année de leur existence, ses causes et des moyens de la restreindre" daté de 1872. Il est également à l'origine de la loi Roussel de 1884 pour la protection des nouveau-nés, et qui règlemente la profession des nourrices dont l'industrie était extrêmement présente dans le Morvan.

C'est par conséquent sous l’œil bienveillant de cet honorable ancêtre que je passe sur les archives de la commune de Montsauche.

La personne que je recherche ne m'est connue que sous son nom d'épouse. Je ne dispose que de l'année de sa naissance : 1891. Je m'oriente dans un premier temps sur le recensement de 1891 ; je retrouve la famille grâce à la mention d'un nouveau-né de sexe féminin qui porte le même prénom que la personne que je recherche. C'est le seul nourrisson recensé dans la commune qui porte ce prénom. La probabilité qu'il s'agisse de la bonne personne est grande. Munie de ce nom de famille, je me dirige vers les tables décennales. Je trouve sa date de naissance ; mais les registres de l'état civil s'arrêtent à 1888. J'envoie alors une demande par écrit à la mairie et la réponse est tombée la semaine dernière : il s'agit de la bonne personne ; son mariage est mentionné dans la marge et c'est bien mon aïeul qui a enregistré sa naissance.

Montsauche


Les probabilités étaient grandes en effet dès lors que nous nous trouvions sur cette commune, à cette époque. Mais il n'empêche : rien ne laissait supposer que les descendants de ces personnes se retrouvent plus d'un siècle après la signature de cet acte, à plus de deux cents kilomètres de cette commune, dans une ville qui compte plus de deux millions d'habitants.

Ou alors au contraire, les chances étaient plus grandes du fait que ce sont les descendants de ces personnes qui peuplent la capitale. Les Parisiens sur plusieurs générations sont assez rares, et quand bien même, Paris a toujours été une terre d'accueil où se sont brassées à travers les siècles des populations aux origines variées. Et Parmi elles, beaucoup sont venues du Morvan.

http://www.lamorvandelle.org/Pages/Sommaire%20journ.html







jeudi 16 juin 2016

N comme Nossi-Bè

Il se nomme Marc. Il était le frère de mon arrière-grand-père. Par les hasards de la conscription, comme son père qui partit au Mexique et son frère au Tonkin,  il dut quitter son Lauragais natal pour partir, loin, très loin jusqu'à Madagascar. Hélas, il n'en reviendra pas.

La première guerre franco-malgache s'achève par la signature du traité du 17 décembre 1885 qui place l'île sous une forme de protectorat, la France se chargeant des relations extérieures de Madagascar.

A l'intérieur du pays règne un grand désordre auquel la France envisage de mettre bon ordre dès septembre 1894, notamment pour maintenir les positions françaises, rétablir l'ordre, protéger les nationaux sur place et faire "respecter le drapeau". En janvier 1895, le principe d'une expédition est voté par la Chambre des députés française.


Je ne sais pas grand-chose de Marc. J'ai appris son existence en découvrant, dans les papiers de mon grand-père, la notification de son décès survenu à Nossi-bè, en septembre 1895.

J'ai donc recherché son acte de naissance pour en savoir un peu plus.
Marc est né le 23 avril 1872 à Montmaur, dans l'Aude. Son père Guillaume est alors cultivateur ; il est âgé de 36 ans. Sa mère Marie, ménagère, est âgée de 37 ans. Son frère aîné Paul va sur ses 7 ans et sa soeur Marie a trois ans révolus. C'est le benjamin de la fratrie.

Voici la description qui en est faite sur sa fiche de matricule .


Un peu plus loin on trouve le détail de ses services, de son départ à son décès dont la cause est mentionnée : cachexie palustre, ou autrement dit paludisme.



L'histoire le fige dans une date : il ne sera jamais vieux ; il ne sera jamais père, ni oncle. Il reste un fils et un frère, mort et enterré à des milliers de kilomètres de chez lui, sans sépulture pour laisser une trace dans la mémoire familiale. Sans ces papiers, je n'aurais jamais connu son existence.


Au-delà de son destin tragique et de sa mort prématurée, j'ai été touchée par cette preuve matérielle de l'existence physique de cet ancêtre. Il a pris le livret militaire de son père Guillaume comme cahier  d'écriture ; on l'imagine assez bien, un crayon à la main, traçant ces lettres et inscrivant son prénom et ceux de sa famille. Tout un symbole. Ces deux frères ont été les acteurs et les témoins de l'histoire coloniale française, dans sa partie conquête. Ils ont laissé leur famille pour partir servir une politique expansionniste dont ils ne saisissaient pas forcément tous les enjeux.

Le fils de Paul, mon grand-père Alfred, choisit de son plein gré la carrière militaire : il y voyait là une réelle possibilité d'ascension sociale. Fait prisonnier au début de la Seconde guerre mondiale, il verra ses ambitions se déchirer sur les fils barbelés de l'Oflag situé en Tchécoslovaquie, dans lequel il demeurera cinq années. Il décédera quelques années après son retour en France.

A l'autre bout du processus historique initié au 19e siècle, les petits-fils de Paul, les fils d'Alfred, partiront, toujours par le biais de la conscription, faire leur service militaire en Algérie, et embarqueront plus de soixante ans après, là où leur grand-père et leur grand-oncle avaient eux-mêmes embarqué. Je ne sais pas si l'histoire se répète, mais dans le cas présent, du Mexique à l'Algérie, elle a embarqué avec elle de nombreux jeunes hommes dans son sillage sanglant.




Ces deux frères ont été les acteurs et les témoins de l'histoire coloniale française, dans sa partie conquête. Ils ont laissé leur famille pour partir servir une politique expansionniste dont ils ne saisissaient pas forcément tous les enjeux.

Le fils de Paul, mon grand-père Alfred, choisit de son plein gré la carrière militaire : il y voyait là une réelle possibilité d'ascension sociale. Fait prisonnier au début de la Seconde guerre mondiale, il verra ses ambitions se déchirer sur les fils barbelés de l'Oflag situé en Tchécoslovaquie, dans lequel il demeurera cinq années. Il décédera quelques années après son retour en France.

A l'autre bout du processus historique initié au 19e siècle, les petits-fils de Paul, les fils d'Alfred, partiront, toujours par le biais de la conscription, faire leur service militaire en Algérie, et embarqueront plus de soixante ans après, là où leur grand-père et leur grand-oncle avaient eux-mêmes embarqué. Je ne sais pas si l'histoire se répète, mais dans le cas présent, du Mexique à l'Algérie, elle a embarqué avec elle de nombreux jeunes hommes dans son sillage sanglant.

mercredi 15 juin 2016

M comme Marie et Marguerite

Elles s'appellent Marguerite et Marie. Elles sont sœurs. Elles sont les filles de Pauline Monot et de Léon Moreau. Ce sont les premières petites filles du Docteur Monot : les cousines de ma grand-mère Anne-Marie.

Leur histoire est parvenue jusqu'à moi grâce à des photos de famille, mais aussi une correspondance abondante, dans laquelle j'ai pu puiser pour reconstituer leur vie. J'ai pu compléter le tout avec quelques actes d'état civil afin d'être certaine des lieux et des dates.

crédit photo : Jourda
Marguerite, est née le 1er mai 1890, sa sœur Marie est venue au monde trois années plus tard, le 2 décembre 1893. Leur mère, bien que résidant à Montceau-les-mines, est revenue dans sa ville natale, auprès de ses parents et de ses deux sœurs pour mettre au monde ses enfants. On la voit ici, à gauche, avec ses deux sœurs et son père.

crédit photo : Jourda
Les deux sœurs Marie et Marguerite sont proches de leur jeune tante Marie (c'est décidément un prénom extrêmement répandu dans la famille). Cette dernière, mon arrière grand-mère était née ne 1880. Quelques années et une génération les séparent. De nombreuses lettre témoignent de cette proximité. Il ressort aussi de cette correspondance que les deux petites filles sont chéries et aimées par cette famille qui les a accueillies avec grand bonheur. Elles sont affectueuses et attentionnées. 



En 1904, leur jeune tante Marie se marrie. Elle donne naissance un an plus tard à une petite fille Anne-Marie et un an encore plus tard à une deuxième petite fille Élisabeth. Les deux sœurs se réjouissent de l'arrivée de leurs cousines. 

Anne-Marie et Élisabeth ( les deux mignonnes)
crédit photo : Jourda
A la naissance du troisième enfant en mars 1908, un garçon prénommé Charles, Marguerite se trouve en Angleterre, dans un pensionnat. Elle y semble heureuse et entretient une correspondance régulière avec sa tante, dans laquelle elle s'enquiert des nouvelles de ses jeunes cousines et du nouveau né. 


Et quelques temps plus tard, au moment du baptême de son jeune cousin Charles  : 




Dans les lettres et les cartes postales qui nous sont parvenues, à travers sa belle écriture se dessine le portrait d'une jeune fille délicieuse, pleine de vie. Mais parmi ces nombreuses lettres, il y a aussi des télégrammes qui se font de plus en plus inquiétants, jusqu'à l'annonce du décès de la jeune Marguerite, emportée par une méningite foudroyante. Dès l'annonce de sa maladie et de la gravité de son cas, sa mère Pauline est partie à son chevet. Elle sera à ses côtés dans ces derniers instants.




La famille est terrassée par cette perte cruelle. En quelques semaines le deuil a fait place à la célébration de la vie, suite à la naissance du petit Charles. Quelques années plus tard, le 28 décembre 1911, sa tante Marie, donnera naissance à son quatrième enfant, une fille, qu'elle prénommera Marguerite en mémoire de cette nièce tant aimée.

Quant à sa sœur, Marie, elle deviendra la dépositaire et la gardienne de la mémoire de Marguerite. C'est elle qui a conservé une partie des les lettres et des photos. Elle a eu une existence solitaire, ne s'est jamais mariée, a vécu dans la religion sans entrer dans les ordres. Elle a longtemps occupé un emploi de bonne du curé. Souvent, elle est venue passer ses étés dans la maison de sa tante Marie, devenue par la suite celle de sa cousine Élisabeth. Elle est décédée à 90 ans, le 16 mars 1984, à Laguiche en Saône-et-Loire.  Elle était le dernier membre de cette branche Monot-Moreau, partie sans laisser de descendance.


crédit photo : Jourda