Mémoire vive / Côté professionnel

Mémoire vive / Côté professionnel
De la découverte de vos ancêtres à la transmission de vos histoires et souvenirs de famille

jeudi 27 septembre 2018

La chasse aux aïeux

Il s'appelle Louis. Il est né en Dordogne en avril 1815. Il est le fils de Jean et d'Antoinette.
Il se marie une première fois en 1844, devient veuf, se remarie en 1847 avec la soeur cadette de sa première épouse, redevient veuf et se remarie une dernière fois en 1852.

Dans ses différents actes de mariage, il est mentioné qu'il ne peut produire son acte de naissance mais dispose d'un acte de notoriété établi par le juge de paix où il est précisé son lieu et sa date de naissance.

AD 24

Déjà les registres de sa communue natale n'étaient probablement pas accessibles ; il est même précisé dans ces 3 actes de mariage, qu'il ne connait pas ses aïeux : le nom de ses parents figurent mais il n'est pas en mesure de citer le nom de ses grands-parents. Son frère qui est son témoin ne le peut non plus.

AD 24

Son acte de décès datant de 1902 ne mentionne pas sa date de naissance.

Voila ce qui amène mon client : en savoir davantage sur sa 5ème génération, les parents de Louis et si possible remonter une génération supplémentaire. La chasse peut commencer.

Comme je l'ai précisé plus haut, il n'y a aucun registre d'état civil de la commune de naissance disponibles entre 1805 et 1830. 25 années manquantes qui auraient été fort utile. Mais il y a les recensements (à partir de 1836) et les tables décennales malgré l'absence des registres.

La recherche va débuter par un examen des différents documents disponibles et s'étendre à la fratrie.
Pour pimenter l'aventure, les frères, oncles et descendants portent quasiment tous le prénom - peu répandu il est vrai - de Jean. Le risque d'homonymie est grand et les vérifications via les épouses compliquées par le fait des veuvages et remariages. Ainsi l'individu marié ou veuf au moment du mariage de son fils peut avoir changé d'épouse au moment de son décès. Ce qui n'est pas trop difficile quand les dates et les filiations sont mentionnées et bien établies, devient incertain quand les dates ne corroborent pas les faits. Sans parler des changements de prénom  : né "Jean" peut mourir "Pierre", histoire de se démarquer de son père, de son frère décédé et/ou de son fils ou de son neveu...
Bref, on prend une grande inspiration et on démêle la pelote ; les cauchemars du généalogiste décrit par Sophie Boudarel dans ses derniers billets semblent se concentrer sur un seul cas !

Dans le recensement de 1836, je trouve un Jean reconnu comme chef du ménage : il est marié, père de deux enfants (dont un petit Jean) ; son père, Jean, vit avec eux ; il est fait mention de deux autres frères vivant avec eux : Pierre et Jean... mais pas de trace de Louis.

Le problème a été de savoir s'il s'agissait bien de la famille de Louis ; grâce au nom de l'épouse du premier fils, mentionnée dans le recensement, je trouve leur acte de mariage célébré dans une commune voisine. La filiation du marié est établie et me voila en présence du frère aîné de Louis, né dans une commune différente de celle où il réside et où il sera plus tard recensé. On présume une histoire de terre, de partage, d'héritage. Le lieu dit où la famille est recensée dépend d'une commune mais n'est pas très éloignée de nombreuses autres. J'ai oublié de préciser que le terrain de jeux ne m'est pas inconnu ; je suis sur la terre de mes ancêtres maternels , dans cette partie du Périgord noir où l'habitat est assez éclaté, les communes nombreuses.



En consultant les sites de généalogie en ligne, j'ai pu identifier la présence de membres de cette famille dans différents villages avoisinants ; vu leur taille et leur population, l'examen des tables décennales ne sera pas trop long.

Je vais commencer par ceux dont les noms me parlent, que j'ai du traverser enfant,où se trouvent ou se trouvaient des oncles et cousins de ma mère. Des souvenirs de fermes aux pierres ocres et aux toits de lauze me reviennent. Je revois ces grands-oncles et grandes-tantes âgés, nous accueillant, nous les parisiens, parlant un mélange de français et de patois, chaleureux et affectueux et ne nous laissant repartir que les bras chargés de conserves, d’œufs frais et de cagettes de fruits. Le tout après un festin de produits régionaux.

crédit photo : mairie de Saint-Geniès

Mon esprit voguait au gré de ces souvenirs plein de soleil pendant que je tournais les pages (virtuellement) de ces tables décennales. Et puis, la chance, l'inspiration, - appelez ça comme vous voulez- m'ont fait tomber sur le mariage des parents de Louis où figuraient les noms de ses grands-parents.

Tout en apprenant à mon client le nom de ces ancêtres manquants, j'avais l'impression de m'adresser à Louis et ses frères et de leur délivrer presque 200 ans après le nom de leurs aïeux.



lundi 2 juillet 2018

Trente jours de généalogie - Quatrième semaine et derniers jours

Je vais commencer par répondre à la question posée le dernier jour "Pourquoi la généalogie ? " La généalogie c'est le plaisir de la recherche, c'est la sensation du voyage immobile au fil des pages que l'on tourne, c'est appréhender l'histoire à taille humaine et se rendre compte que nos ancêtres étaient faits de chair et d'os, qu'ils ont vécu, aimé, enfanté, travaillé et qu'au final ils sont beaucoup plus proches de nous que nous le pensons. D'ailleurs le coté enquête de la recherche généalogique fait de moi une Miss Marple qui aurait laissé les doigts dans la prise, (jour 23), une passeuse d'histoires sensible et enthousiaste. Mes carnets sont plein de gribouillis de couleurs, mes doigts plein d'encre (jour 26), mes pensées et mes idées prennent forme un crayon à la main.



Le joie de la découverte et la joie de présenter ses recherches, se résume parfaitement dans cette chanson de Boby Lapointe, véritable hymne à la généalogie  (jour 25).


La question du nom et du métier (jour 22 ) me fait chercher dans deux branches différentes de mon arbre ; détour par la branche maternelle pour le nom de jeune fille de ma grand-mère : Chanteloube que je trouve si chantant à mon oreille et qui a suscité des réactions sur Twitter : des Chanteloube dans les Cévennes et en Haute-Loire.  Le métier choisi me ramène sur mes terres morvandelles avec mon ancêtre directeur de la poste aux lettres dont j'ai déja évoqué l'histoire dans ce billet.



Généalogiste professionnelle, je ne consacre pas forcément le peu de temps libre (jour 24) que j'ai à ma généalogie personnelle, mes recherches familiales en souffrent quelque peu : les cordonniers restent définitivement les plus mal chaussés... Cependant la lecture (jour 29) reste un goût acquis de longue date, de cette période de l'enfance où temps libre rimait avec ennui... "Les disparus" de Daniel Mendelsohn est le livre le plus intéressant et bouleversant que j'ai lu ces dernières années ; le récit d'une longue (en)quête sur les destins tragiques d'une partie de la famille de l'auteur restée en Pologne livrée à la barbarie nazie, et une grande réflexion sur ce que sont les liens familiaux, les choix de chacun, les trajectoires de vies ; un grand livre.


Les objets (jour 27) du passé sont autant de vecteurs de mémoire : un bijou, une médaille, une étoffe... Pour ma part il s'agit d'un chapelet que j'ai reçu d'une cousine germaine de ma grand-mère, très pieuse,  37 ans après qu'elle ait pris la décision de me l'offrir. Ce cadeau du passé a beaucoup de valeur pour moi ; il est l'encouragement venu d'outre-tombe à ne pas laisser tomber les recherches et à continuer de transmettre l'histoire de notre famille. Cette vieille cousine, que je n'ai vu qu'une seule fois enfant, a été la première archiviste de notre famille : elle a annoté des faire-part, ajouté des commentaires en bas de certains papiers, révélant en quelques mots les circonstances exactes du décès d'un ancêtre, circonstances tragiques qui sans elle seraient restées dans les tréfonds de l'oubli.


Toute cette histoire de transmission et de passage de relais fait l'objet de ce billet.

Enfin pour terminer, je formulerai un voeu, un souhait qui traduit une envie folle (jour 28), traverser l'Atlantique en direction de l'Argentine et aller à la rencontre de mes cousins, que je ne connais que par le biais des réseaux sociaux. Envie de parler avec eux des vivants et des morts, partager, refaire le monde et notre histoire familiale.

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Le défi généalogie 30  m'a fait passer un agréable mois de juin et m'a permis de renouer avec le plaisir de la réflexion, de l'écriture et de la publication à intervalle régulier sur le blog. Plaisir de lire et d'échanger avec les autres participants par le biais des réseaux sociaux : susciter des réactions, ouvrir des pistes, entrer en résonance ; plaisir enfin de revenir sur les articles publiés et se rendre compte que ce qui était vrai et pertinent à une époque donnée l'est demeuré ; c'est une constance qui rassure et dresse de moi un portrait fidèle ; la généalogie à travers ses recherches, son exigence, sa patience, me renvoie en miroir ce que je suis et ce que j'aime. D'en avoir fait ma profession, m'apparait après 8 ans d'exercice toujours une bonne idée, un choix évident. 

jeudi 21 juin 2018

Trente jours de généalogie - troisième semaine

Le jeu continue... cette semaine il a été question de ruches, d'outils, de cousinage, de grandeur, d'albums photos, d'insolite et de document préféré.
Tous ces thèmes contribuent à donner une vision impressioniste de notre rapport à la généalogie ; touche après touche, le tableau prend forme.

D'abord de jolies ruches (jour 15) repérées sur les signatures qui figurent sur les actes attirent l'oeil avisé du chercheur qui voit là une jolie conclusion des pattes de mouches qu'il vient de tenter de déchiffrer  ;



Les miennes sont l'oeuvre d'un curé et d'un maire et viennent se poser comme point d'orgue à la lecture de l'acte.  Cette décoration que l'on peut retrouver à la suite de certaines signature ne figure pas sur l'acte de naissance de l'ancêtre de l'une de mes clientes, rédigé et signé par mon propre ancêtre, maire et médecin du village. Ce cette découverte insolite (jour 20) est relatée dans cet article du blog au titre emprunté à Paul Eluard "Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous". 


Le partage sur le blog et les réseaux sociaux apportent outre leurs commentaires et soutiens (toujours les bienvenus) des retours parfois étonnants : des cousins (jour 18) parfois de l'autre bout du monde prennent contact et donnent des nouvelles récentes du passé et viennent compléter les blancs d'une histoire familiale oubliée ou méconnue. C'est une véritable gratification, une récompense pour toutes ces heures passées avec mes carnets et mes crayons, mes outils de prédilection (jour 19), à prendre des notes, poser des hypothèses, à faire des retranscriptions, des schémas. 

crédit photo : Anne Dardaud

En complément de ces carnets, il y a les albums photos (jour 17)  : aussi bien ceux qui de ma famille sont en ma possession et qui sont les illustrations et marqueurs temporels, que les albums que je réalise pour mes clients. C'est toujours un privilège que d'entrer par ce biais dans l'histoire des personnes que l'on ne connait pas, de découvrir des visages, d'écouter et de noter les histoires de ces personnes et enfin d'agencer le tout sous forme de livre afin de mieux les partager. C'est une autre façon de faire de la généalogie.

Livres réalisés par Mémoire vive


Cette photo aurait pu figurer parmi d'autres dans un vieil album. Il n'en est rien, car dans cette branche, aux origines modestes, il n'y a quasiment pas de photos. Si ce n'est celle-ci : mes arrière-grands-parents maternels, le jour de leur mariage en 1897 et dont l'histoire est racontée ici.

crédit photo : famille Valéry
J'ai pour eux une affection anachronique ; très grande (jour16) est mon admiration pour cette petite dame au visage doux, qui a mis au monde huit enfants dont deux fois des jumeaux (dont mon grand-père), dans une petite ferme d'une seule pièce en Corrèze, à la toute fin du 19e et au tout début du 20e. Ils déménageront ensuite en Dordogne.

J'aurais pu proposer cette photo comme le document à présenter en ce jour 21. Mais à la réflexion, j'ai préféré choisir cette photo qui est le véritable document sur lequel j'ai bati une partie de ma généalogie.
crédit photo : famille Jourda
Trois générations en ligne directe : la dame assise est mon sosa 93 ; elle est née avant la révolution ; à ses côtés son fils, mon sosa 46, et au dessus-d'elle sa petite fille , mon sosa 23 et son époux mon sosa 22. Cette phto a été prise vers 1860, très certainement à Paris.

Le défi généalogie 30 se poursuit toute la semaine qui vient. Vous pouvez me retrouver ainsi que les nombreux autres participants sur les réseaux sociaux, et plus particulièrement sur Twitter avec le mot dièse #genealogie30. Sinon rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle synthèse!

jeudi 14 juin 2018

Trente jours de généalogie - deuxième semaine

Deuxième semaine de micro-publications sur Tweeter en répondant à un thème quotidien sur notre rapport à la généalogie. Voici une autre façon de parler de soi, de son rapport aux autres, à la recherches en mettant en exergue ses qualités (patience, rigueur...) et ses défauts (impatience, bazar...).

C'est aussi l'occasion pour moi de republier des billets écrits il y a quelques années ; le blog de Mémoire vive fêtera en décembre prochain ses huit années d'existence et ça fait de nombreux sujets abordés que je retrouve dans ce nouveau défi ; je suis donc particulièrement contente de re-partager ces billets, tirés d'une époque où je découvrais encore certains aspects de la généalogie, notamment grâce à ce qui était devenue mon activité professionnelle.

Retour cette semaine aux origines en s'interrogeant mercredi (jour13) sur l'élément déclancheur des recherches. Pour ma part toute est partie d'une question posée devant la tombe des arrière-grands-parents de mes enfants. On savait que l'un et l'autre étaient orphelins mais leur petit-fils ne savait pas s'ils avaient été abandonnés ou bien s'ils l'étaient devenus. En interrogrant la famille, on apprit qu'ils avaient eu, l'un comme l'autre, des parents, décédés précocément. Mais personne n'était en mesure de préciser les circonstances. Et c'est ainsi que nous avons fait la connaissance de Flore, de Germaine , de trois frères et d'une girafe.

crédit photo : Dardaud

C'est d'ailleurs cette fameuse girafe qui est venue illustrer le thème du bestiaire (jour 9 ), car c'est en découvrant la vie de l'un des arrière-grand-oncle de mes enfants que j'ai fait connaissance avec la belle Zarafa.


La question du temps qui passe sous la forme d'un tic-tac obsessionnel (jour 12) est centrale dans toute démarche généalogique ; déja en 2012 je comparais le généalogiste à un pilote de machine à remonter le temps.




Au cours de ces longs voyages dans ces couloirs temporels à la recherche des marqueurs immuables à toute vie, le généalogiste collecte tout ce qui sera susceptible de le faire avancer. Ce "carburant" donne à sa généalogie des couleurs sépia, des camaieux de beige rosé (jour 11) tout droit sorti des papiers de famille.
crédit photo : Jourda

Plus on avance dans le temps et dans les registres et plus les actes (jour 14) soumettent le chercheur à des écritures qui s'apparentent à des tests de Rorschach. La paléographie pimente la recherche généalogique. Parfois l'envie d'interpeler vertement le transcripteur de ces lignes en mode purée de mouches. Là encore j'ai trouvé dans les archives du blog cet article sur ces actes dont la lecture - ou le déchiffage- nous use les yeux et joue avec nos nerfs.

Il n'en demeure pas moins que malgré les difficultés on poursuit notre quête incecessant à la recherche de ce qui sera la plus belle archive, notre saint-Graal, notre inaccessible étoile (jour 10) et qu'un jour peut-être on parviendra à l'arbre parfait qui méritera d'être imprimé (jour 8) et sera aussi réussi que celui de Norman Rockwell.

Norman Rockwell


Retrouvez les participants de ce défi sur Twitter avec le #genealogie30.

jeudi 7 juin 2018

Trente jours de généalogie - Première semaine

Voila une idée qui me plait : parler de sa généalogie, de ses recherches passées ou en cours, en respectant un thème donné et surtout partager ses émotions et ses trouvailles via les réseaux sociaux et/ou les blogs. Belle idée née de la fertile imagination de Sophie Boudarel qui nous convie à jouer avec elle pour notre plus grand bonheur.

Retour sous forme de synthèse de cette première semaine de jeu.

C'est donc depuis mon espace de travail professionnel (jour 4), dans une joyeuse ambiance de coworking, sérieuse et motivante, bienveillante et inspirante que je me propose de vous faire la synthèse de ces 7 premiers jours.



Ma généalogie (jour1) et celle de mes enfants trouvent leurs racines essentiellement en France à l'exception d'une petite racine en Allemagne.

De mon coté, les ancêtres se trouvent pour une grande part en Bourgogne et pour une autre part dans le Périgord. La jonction s'est faite au centre, à Bourges ville chère à mon coeur où mes parents se sont connus. Le lien avec le sud de la France est renforcé par un grand-père aux origines lauragaises, entre la Haute-Garonne et l'Aude.

Du côté de mes enfants, on ne s'éloigne guère du premier terrain de jeu en allant dans le Limousin pour une part, et en Franche-Comté de l'autre. Une branche dans les Ardennes et un ancêtre allemand, venu s'installer en France et qui apporte avec lui une touche d'exotisme d'outre-Rhin, élargissent le champs des recherches.
Certaines branches ont été explorées par des membres de la famille, d'autres restent à explorer au gré du temps et de la mise en ligne des archives concernées.

Au fil des actes et des documents trouvés, je suis toujours émue de pouvoir lire les signatures (jour 2) car au delà des lettres plus ou moins bien formées au bas d'un registre, on imagine la main tenant la plume, puis le bras de la personne, véritable incarnation de l'ancêtre qui devient alors plus qu'un simple nom.
A l'inverse, l'émotion est toute aussi grande quand figure la mention "déclare ne savoir" en place de la signature. Cette absence est un marqueur sociologique, révélateur d'une condition sociale à une époque donnée.

Pas de signature dans cet acte de baptême de Léonarde Petitvincent, petit nom pour ma grande sosa  641 que j'avais un peu oubliée et que le thème du jour 5 à savoir "petit" me permet de remettre en lumière.

Archives départementales de la Nièvre


On reste toujours dans l'écriture avec le thème de la lettre ou du carnet retrouvé (jour 6); j'ai beaucoup de chance d'avoir dans les papiers de famille qui me sont parvenus des échanges épistolaires mais aussi des carnets, des dessins en plus des photos. Personne dans ma famille n'a succombé au symptôme de la razzia à savoir tout brûler pour faire place nette du passé, ce qui n'est pas le cas chez certains participants qui le regrettent. J'ai donc choisi de mettre en avant ce livret militaire de mon ancêtre Guillaume, grand-père de mon grand-père paternel qui a servi de cahier de brouillon à l'un de ses enfants. 


Mes recherches personnelles ne sont pas toujours des plus organisées, je suis à l'inverse de ma pratique professionnelle, un véritable abeille (davantage que cigale) qui butine d'acte en acte, de nouveaux documents en nouvelle piste, de branche en branche au gré de mes envies et de mes intérêts. Cette double organisation avait d'ailleurs fait l'objet d'un billet publié sur ce blog il y a quelques années. Je viens de le relire et je m'aperçois que je n'ai pas changé...

Voila pour ces premières journées de ce nouveau défi. 
Vous trouverez avec ce lien davantage de détails et ce qui nous attend pour les jours à venir. N'hésitez pas nous suivre sur les réseaux sociaux notamment sur Twitter avec le  #genealogie30 et si vous n'avez pas de compte, on se retrouve dans une semaine pour un nouveau bilan. N'hésitez pas non plus à entrer dans le jeu, même avec un quelques jours de retard.

mardi 15 mai 2018

Trouvaille

C'est un morceau de papier jauni par le temps, taché à certains endroits, retrouvé parmi des documents de famille qui avaient étaient rangés dans une boite, oubliée depuis. C'est un fragment de vie, le témoin administratif d'une vie éphémère.

Guillaume est mon grand-oncle. Il est le frère ainé de mon grand-père paternel. C'est assez étonnant de lui donner ce lien de parenté - bien réel- sachant qu'il est décédé à 15 ans, son jeune frère encore bébé. Il est pour toujours figé dans l'histoire familiale et dans le temps comme fils ainé ou encore frère ainé ; lui donner le titre de "grand-oncle" c'est lui donner une vie qu'il n'a pas eu le temps de vivre.

Aucune photo, aucun portrait de cet ancêtre et à part ses actes de naissance et de décès, ce diplôme, qui lui donne une dimension sociale ; il a été élève à l'école publique de Chalabre dans l'Aude et à ce titre a réussi son certificat d'études primaires. Il n'a pas encore 13 ans, puisque né le 3 septembre 1891.

On imagine alors en ce mois de juin 1904 la fierté de ses parents et sa satisfaction personnelle d'avoir réussi. 



Le 15 novembre 1906 Guillaume devient grand frère. C'est Alfred, mon grand-père qui en cet automne pointe le bout de son nez tout rond. La relation fraternelle n'aura pas hélas le temps de s'installer. Le 21 avril 1907, Guillaume décède brutalement ; l'histoire familiale raconte qu'il avait longuement couru sous le soleil et qu'il s'était désaltéré avec de l'eau glacée d'une fontaine. Une congestion l'avait alors emporté.

Quand je pense à son histoire tragique, me viennent à l'esprit les vers de Boris Vian tirés de son poème "Le temps de vivre" : le contexte est certes différent ( la fuite haletante d'un évadé), mais la symbolique de l'exaltation de l'existence résonne fort quant au destin de Guillaume.

" Il a dévalé la colline
 Ses pieds faisaient rouler des pierres
 Là-haut entre les quatre murs
 La sirène chantait sans joie
 Il respirait l'odeur des arbres
 Avec son corps comme une forge
 La lumière l'accompagnait
 Et lui faisait danser son ombre
 Pourvu qu'ils me laissent le temps

Il sautait a travers les herbes
 Il a cueilli deux feuilles jaunes
 Gorgées de sève et de soleil
 Les canons d'acier bleu crachaient
 Des courtes flammes de feu sec
 Pourvu qu'ils me laissent le temps
 Il est arrivé près de l'eau
 Il y a plongé son visage
 Il riait de joie il a bu
 Pourvu qu'ils me laissent le temps

 Il s'est relevé pour sauter
 Pourvu qu'ils me laissent le temps
 Une abeille de cuivre chaud
 L'a foudroyé sur l'autre rive
 Le sang et l'eau se sont mêlés

 Il avait eu le temps de voir
 Le temps de boire à ce ruisseau
 Le temps de porter à sa bouche
 Deux feuilles gorgées de soleil
 Le temps de rire aux assassins
 Le temps d'atteindre l'autre rive
 Le temps de courir vers la femme

 Il avait eu le temps de vivre"

Version audio 


jeudi 11 janvier 2018

Voeux et résolutions

Nouvelle année, nouvel élan qui donne envie de passer l'éponge sur les manquements et les ratés de l'année écoulée, laissant place à une belle ardoise immaculée où les voeux et les désirs s'écrivent à la craie blanche. Animés d'une conviction propice à ces moments où tout nous semble possible à nouveau, on formule des voeux pour ceux qui nous entourent et on énonce ses bonnes résolutions prenant le monde à témoin, comme si le fait de les formuler à haute voix nous donnait l'obligation de les tenir.

Alors qu'on ne souhaite que le meilleur pour les autres, nous voici au moment des résolutions dans l'examen de conscience le plus strict, l'auto-critique la plus acerbe en pointant du doigt tout ce qu'on a manqué, toutes les résolutions non tenues qui nous renvoient tel un miroir grossissant tous nos défauts, toutes nos faiblesses augmentées, nous faisant jurer que cette fois-ci c'est la bonne, on va changer, on va progresser, on va faire preuve de volonté, de fermeté, de rigueur.

Cette année j'ai décidé de bien me traiter et de m'inclure dans ce que je souhaite aux autres ; aucun bilan, aucune résolution mais juste des voeux de généalogie heureuse et joyeuse, de partage sur les blogs et les réseaux sociaux, de découvertes d'histoires drôles et insolites, de recherches toujours passionnées, d'entraide dans nos épines et de solidarité dans ce qui nous touche au quotidien. Tout ce que j'ai accompli cette année relève des hasards et des opportunités saisies. Mes résolutions rigides pour 2017 n'ont pas tenu longtemps face à l'énergie et la vitalité des imprévisibles rencontres et de la conduite de projets inspirants.

Je ne sais pas ce que sera mon blog cette année, les projets d'écriture et de publications se sont retrouvés malmenés suite à des réactions familiales auxquelles je ne m'attendais pas et qui m'ont quelque peu destabilisées ; je ne veux heurter personne, ni accaparer l'existence de nos ancêtres qui au final n'appartiennent à personne. Alors on verra bien, je le garde comme média pour la passeuse d'histoire que je suis. De mon travail et de mes rencontres naitront bien des billets que je serai heureuse de partager.

Belle année à nous tous.




mardi 7 novembre 2017

L'exode de Mamène

Samedi dernier, lors de l'assemblée annuelle de l'association Henri Bachelin - association dont je suis membre et dont l'objet est de promouvoir et de faire découvrir ou re-découvrir l'oeuvre de cet écrivain d'origine moravandelle - ma cousine et moi-même avons fait une lecture d'un texte écrit en juillet 1940 par notre arrière-grand-mère commune, Marie, dite Mamène.

Henri Bachelin
crédit photo : le Journal du centre
La lecture venait faire écho aux commentaires d'Henri Bachelin sur l'entrée des allemands à Paris en juin 1940.

Dans ce texte, elle raconte son exode, accompagnée de sa dernière fille et de son fiancé, de l'oncle de ce dernier et d'une amie de la famille, ils ont tenté, depuis Lormes dans la Nièvre, de franchir la Loire pour aller se réfugier en Auvergne, pas très loin de Vichy.

Marie et son époux Pierre début 1900.
crédit photo : Jourda

C'est un récit poignant écrit quelques semaine après que le faits se sont déroulés ; elle relate six journées durant lesquelles, elle et les siens ont vécu dans la crainte, le chaos, l'incertitude engendrée par de fausses nouvelles, des rumeurs en tout genre.

Je connais ce texte depuis plusieurs années ; à chaque fois je me dis que je devrais partager ce témoignage sur mon blog, tant pour sa qualité testimoniale que pour pour ses qualités littéraires intrasèques. Mon arrière grand-mère avait une très jolie plume. Mais à chaque fois, je reculais devant la tâche, ne sachant pas par quel bout m'y prendre.

Dans un premier temps, j'ai retranscrit le texte pour en avoir un exemplaire plus lisible, plus facile à annoter. Et puis, ce premier travail fait, le texte est resté bien au chaud dans la mémoire de mon ordinateur. Je pense que je n'étais pas prête.

Lorsque le président de l'association Bachelin - qui avait eu connaissance de ce texte - m'a demandé si ma cousine - également membre de l'association - et moi même pourrions donner lecture, j'ai non seulement accepté, mais j'ai vu là l'occasion de me ressaisir de ce texte et de mettre mon projet à exécution.

Ma cousine et moi avons fait une première lecture de répétition chez elle. Or c'est elle et sa famille qui habite aujourd'hui la maison de nos ancêtres. Cette première séance, là où il y a 77 ans, notre arrière-grand mère s'est assise, a eu le besoin de consigner par écrit tout ce qu'elle avait traversé, a pris la tournure d'une séance de vspiritisme. Tous les esprits de ces chers disparus étaient au-dessus de la table autour de laquelle nous avions pris place.

Notre lecture à deux voix l'après-midi même devant l'assemblée a été très inspirée, très habitée. L'assistance a été captivée par ce récit haletant et petit à petit a été gagnée par l'émotion.

Forte de cette expèrience, je publierai dans les semaines qui viennent sous forme de feuilleton-illustré et remis en situation, ce récit. A suivre donc...

lundi 11 septembre 2017

Le Havre - septembre 2017

L'occasion était trop belle : joindre l'agréable à l'agréable, combiner généalogie et tourisme, visite du salon GénéHavre 2017 et visite du Havre parée de ses plus beaux atours pour célébrer son 500ème anniversaire, et cerise sur ce gâteau d'anniversaire revenir sur les lieux de villégiature de mon enfance et profiter de l'hospitalité de ma tante, sœur aînée de mon père, merveilleuse "Mémoire vive" de ma famille, témoin privilégié et passeur d'histoire.

crédit : Anne Dardaud


Je débarquais donc de la gare du Havre ce vendredi en début d'après-midi, trainant ma valise à roulette jusqu'au Carré des Docks pas très éloigné. C'est toujours intéressant de rencontrer les différents acteurs de la généalogie en France ; se côtoient les associations actives, les éditeurs de livres et de logiciels, les quelques généalogistes professionnels, les représentants des grands sites Internet de généalogie que nous connaissons tous. L'ambiance est conviviale et chaleureuse. Les contacts se nouent facilement, les discussions passionnées s'engagent.


Il arrive même qu'on rencontre physiquement ceux que l'on ne connait que virtuellement à travers les réseaux sociaux, ce qui donne lieu à des conversations insolites, "ah mais je vous suis ! - Mais moi aussi je vous suis    - C'est donc vous ? "  C'est plutôt amusant...

On fait quelques achats, on complète ainsi sa bibliothèque généalogique, on prend le temps de parcourir les livres qui sont à disposition, et on repart avec des revues, des ouvrages.


crédit photo : Anne Dardaud
Après quelques heures passées dans ces allées, je suis repartie ma valise lestée de ces achats, ce qui n'a pas été inutile pour affronter le "grain" qui m'attendait en sortant ; vent et pluie contre lesquels mon petit parapluie de parisienne ne m'a pas protégé grand-chose. Je suis arrivée trempée et dégoulinante chez ma tante. Et c'est devant une tasse de thé brûlant qu'a commencé la deuxième partie de mon week-end.

Je sais désormais d'expérience qu'il faut parler avec ses proches, qu'il faut accueillir et recueillir leur parole ; ce sont les témoins d'une époque révolue. Elle a connu mon père enfant, mon grand-père disparu longtemps avant ma naissance, elle a connu la guerre, l'occupation allemande, ses oreilles d'enfant ont entendu les fusillades, ses yeux ont vu les parachutages ; sa vie d'enfant aurait pu basculer si au lieu d'un chemin pour se rendre à l'école elle en avait choisi un autre...Tout cela est en elle. Je suis d'ailleurs arrivée avec un petit album que j'ai réalisé avec toutes les photos de nos ancêtres. Les photos sont de bons supports de mémoire ; elles révèlent la parole et permettent d'établir le dialogue. 

crédit photo : Anne Dardaud

Daniel Mendelsohn dans son livre "Les disparus" analyse très bien l'effet que peut produire la présentation des portraits des disparus aux personnes qui les ont connues ; il parle en citant l'Eneide de Virgile, "sunt lacrimae rerum" : il y a des larmes dans ces choses.  Il parle de ce pouvoir des photos de rappeler aux gens à qui ont les montre, la vie et le monde auxquels (en l'occurrence dans le livre) ils ont été arrachés.

De manière moins dramatique, mais avec une réelle charge émotionnelle, ma tante a feuilleté et commenté les photos qu'elle connaissait depuis l'enfance. Ces jeunes personnes, elle les avait connues adultes mais reconnaissait dans les traits juvéniles les personnes qu'elles étaient devenus. J'ai recueilli ainsi des petits morceaux d'informations, des petits bouts de puzzle qui vont m'aider à finaliser ce grand portrait de famille vers lequel je tends depuis des années. A travers elle, tous les ancêtres ont été convoqués autour de la table ; ce sont autant de personnes qu'elle avait aimées et qui l'avaient aimée en retour. A moi d'en saisir l'essentiel et les détails et de restituer sans trahir ces petites histoires familiales qui redonnent chair aux ancêtres trouvés grâce aux recherches généalogiques et qui leur restituent leur humanité.






lundi 4 septembre 2017

Reprise

Ah septembre ! Sa rentrée et son cortège de projets, de nouveautés et de bonnes résolutions qui vont avec, les deuxièmes après celles du mois de janvier que l'on a plus ou moins tenues. Deuxième chance donc pour 2017.

En ce qui me concerne, il s'agit surtout d'une envie de renouer avec l'écriture, le partage et le retour d'expérience. Cette première partie d'année a été particulièrement riche professionnellement : de nouveaux dossiers, de nouvelles rencontres qui m'ont fait voyager notamment dans les archives italiennes à la recherche des ancêtres de ces migrants italiens, venus travailler et pour certains s'installer en France, et pour d'autres partis à bord d'un bateau pour les Etats-Unis, via Ellis Island. 

D'anciens dossiers également ont repris place sur mon bureau ; jamais vraiment terminés, car on en a rarement fini avec la généalogie : il faut alors se replonger dans les histoires familiales, chercher où l'on n'a pas encore cherché et trouver de nouveaux noms, de nouvelles dates, de nouvelles histoires.

Une demande ponctuelle aussi : partir à la recherche d'une descendance en ayant comme seul point de départ le nom de la personne, celui de son époux, le nom et la date de naissance de sa mère, et le nom de son père. Seule indication supplémentaire, son lieu de résidence dans les années soixante. Défi passionnant à relever et grande satisfaction personnelle de parvenir à trouver et reconstituer l'histoire de cette personne. Une impression de sortir ces personnes du néant de l'oubli dans lequel l'absence de descendance formellement établie, et l'absence d'ancrage territorial les avaient plongés.

Enfin, d'un point de vue plus personnel, concernant ma propre généalogie, un coup de fil d'un professeur à la retraite passionné de randonnée et d'histoire localendans le Morvan, a mis en lumière un membre de l'une de mes branches, curé et gendarme sous la révolution et Napoléon ; voilà qui m'a donné envie de partir à la recherche de ce curieux personnage, le rattacher à mon arbre en cherchant nos ancêtres communs et surtout me pencher sur son histoire singulière.

La dernière chose concernant ma propre généalogie et l'histoire de ma famille est une copie du journal d'exode de mon arrière-grand-mère, écrit après coup et retraçant ces journées particulières du mois de juin 1940, où les populations en plein désarroi étaient jetées sur la route. J'avais toujours entendu parler de ce récit, je n'avais que quelques bribes d'anecdotes par les protagonistes de ce drame, à savoir ma grand-mère, sa sœur, mon père (bien qu'âgé de 2 ans).

Mais là, il s'agit de ce que mon arrière-grand-mère a vécu, de ce qu'elle a vu, de quels ont été ses sentiments, le tout de sa belle écriture fine et lisible qui laisse encore transparaitre à travers ses légers tremblements toute l'émotion, la peur et la crainte. Je crois que je suis désormais prête à le partager ce récit , et rendre ainsi hommage à leur incroyable courage.

Ma musette est de nouveau remplie de sujets qui pourront faire l'objet de ce blog ; il est temps désormais de retourner à son clavier, tout en restant curieuse des autres histoires racontées sur les blogs de généalogie (de plus en plus nombreux) et en restant attentive aux histoires trouvées dans les dossiers que l'on me confie.

lundi 5 décembre 2016

Sept ans de réflexion

Quelques mois après la naissance de mon site Internet de généalogiste professionnelle Mémoire vive - études généalogiques et familiales en février 2010,  j'ai ressenti le besoin de compléter mon travail de recherche et de transmission de la mémoire familiale, par la création d'un blog afin de partager, réfléchir et poursuivre par d'autres moyens les conversations qui se déclenchaient dès que je prononçais autour de moi le mot "généalogie". Le premier billet de Mémoire vive - coté blog a été publié en décembre 2010 et s'intitulait "Naissance d'un blog".

L'idée d'alors qui prévaut toujours était de rentrer en résonnance avec les autres, d'aller du personnel (en l'occurence mes expèriences et mes réflexions) à l'universel. Les débuts ont été modestes et les premiers billets trouvent leur inspiration dans mon histoire familiale et mes premières recherches. Quatorze billets en 2011 à la fréquence d'un par mois. Dix-sept billets en 2012 et quarante-sept en 2013, année de la première édition du Challenge AZ puis redescente à trente-quatre en 2014, chute vertigineuse et premiers doutes en 2015 avec sept billets et remontée à trente (celui-ci inclus) en 2016.

A la naissance du Blog est venue s'ajouter la création de mon compte Twitter et la découverte d'une communauté de généalogistes qui sévissait sur les réseaux sociaux et qui partageait, articles, expèriences, méthodes avec beaucoup de bienveillance, d'humour et de générosité. Je sortais enfin de l'isolement qui est souvent le revers de la médaille d'une activité libérale et solitaire. Une vraie bouffée d'oxygène et le sentiment d'appartenance à une communauté, certes par l'intermédiaire d'un écran, mais bien réelle au demeurant.

Les "généablogueurs" se sont depuis multipliés, le challenge AZ a fait des émules et ce monde de la généalogie connectée est devenu très dynamique.

L'année qui vient de s'écouler a été particulièrement difficile sur le plan familial suite au décès de mon père en décembre dernier. Même si mon blog est toujours visité, si mes articles sont lus, il me manquera toujours un lecteur. J'avoue que le travail d'écriture m'est devenu pénible, l'inspiration est devenue rare, et une troisième participation au Challenge AZ en juin dernier a tarit sa source. Les recherches ne sont hélas pas toujours faites d'anecdotes étonnantes, ou de rencontres inédites. La confidentialité à laquelle je suis tenue envers mes clients m'interdit de partager certaines découvertes et révélations qui pourraient cependant faire de bons billets.

Sept ans âge de raison ? Je ne sais pas si cela peut s'appliquer pour un blog, mais il est certain que le temps est venu pour moi de le renouveler, aussi bien dans sa forme que de son fond et ce sera le chantier du mois de janvier. D'ailleurs, toutes les idées et les suggestions sont bonnes...

A suivre donc, je vous donne rendez-vous en 2017 et si vous êtes en panne d'idées cadeaux pour les fêtes venez faire un tour sur le site de Mémoire vive !



mercredi 13 juillet 2016

Un cadeau du passé

Lors du dernier Challenge AZ, j'ai rédigé un billet qui retraçait l'histoire des soeurs Marie et Marguerite, les cousines germaines de ma grand-mère.

Quelques semaines après sa parution, ma tante me disait avoir retrouvé dans ses papiers une partie de la correspondance qu'elle entretenait avec Marie, alors dame âgée et retirée du monde dans une institution catholique en Saône-et-Loire.
Dans l'une de ces missives datée de juin 1979, elle évoque la venue prochaine de ma tante, avant celle de mes parents, qu'elle désigne sous le nom des "Philippe" (prénom de mon père). Elle profitera de sa visite pour lui confier à mon intention "la petite Anne Elisabeth" son chapelet.


Ma tante est effectivement passée la voir en ce début d'été 1979, a bien reçu le présent et puis le temps passant a oublié de me le remettre. Je n'avais pas encore huit ans, et un chapelet n'était pas forcément digne d'intéret pour un enfant de cet âge. Cependant, elle l'avait gardé dans ses affaires.

Puis trente-sept années plus tard, ma tante m'a remis la lettre et ce présent. 


Je ne peux m'empêcher d'y voir un symbole, un cadeau d'outre-tombe de la part de celle qui pendant de longues années a été la gardienne de l'histoire familiale. Elle avait annoté certains faire-part d'anecdotes ou encore de détails plus tragiques. Elle était très croyante et pratiquante, comme pouvait l'être une femme de son époque, élevée dans la religion et demeurée célibataire tout au long de son exsistence. Elle devait y trouver un certain réconfort après le décès prématuré de sa soeur aimée Marguerite, puis la disparition de ses parents. Peut-être aussi le moyen pour elle de donner un sens à toutes ces épreuves. 

Je suis profondément touchée par cet objet, non pas par sa dimension religieuse, me considérant agnostique, mais pour sa valeur affective et symbolique. Elle a du recevoir ce chapelet comme le veut la tradition lors de sa communion solennelle, de la part de ses parrain-marraine. Elle l'a conservé, s'en est servi lors des offices religieux, lors de ses moments de recueillement. Il y a quelque chose de très personnel lié à ses pensées les plus intimes. 

En le recevant aujourd'hui, je reçois aussi sa bénédiction, son approbation quant aux recherches familiales que je mène depuis quelques années maintenant, mais aussi une forme de remerciement pour ne pas l'avoir oubliée, elle, sa soeur et ses parents, cette branche familiale disparue sans descendance directe. Je me sens très honorée.

Photo de Marie (à droite) et sa soeur Marguerite
© Jourda


jeudi 30 juin 2016

Z comme Zarafa

Je termine cette nouvelle édition du Challenge AZ avec celle qui est à l'origine de ma vocation et de ma découverte de la généalogie, la douce et élégante Zarafa.


Mes premières recherches généalogiques se sont portées sur la famille de mon mari, et c'est ainsi que nous avons pu refaire connaissance avec Gabriel Dardaud, frère aîné de l'arrière-grand-père de mes enfants, dont nous connaissions déjà l'existence ainsi que sa grande carrière de journaliste. Il y avait aussi quelques photos anciennes, où il pose avec ses frères. On savait que les parents de ces garçons étaient décédés prématurément (voir le billet F comme Flore ) avant la première guerre et que les enfants avaient été séparés. Voilà le point de départ de nos recherches qui devaient nous emmener loin, dans le temps et l'espace, et notamment sur les rives du Nil.

© Dardaud

Gabriel Dardaud était journaliste et correspondant de guerre, directeur de l’agence France-Presse pour le Moyen-Orient et envoyé permanent pour différents médias de la presse écrite et radiophonique. Il  a exhumé cette histoire des archives de la bibliothèque nationale du Caire où il demeurait. Il entreprit alors de relater cette véritable épopée qui allait mener ce girafeau, baptisé Zarafa, de son Soudan natal où l’animal avait été capturé, jusqu’en France.

Le livre de Gabriel Dardaud  "Une girafe pour le roi" est publié  pour la première fois en 1985. Il a été réédité en 2007, préfacé et annoté par Olivier Lebleu, spécialiste de la girafe, lui même auteur du superbe livre "Les avatars de Zarafa", sur l'incroyable girafomania, que suscita l'arrivée de la première girafe sur le sol français.




Outre la girafe, véritable héroïne de ce récit, Gabriel Dardaud met en scène un roi français, Charles X,  frère de Louis XVI et de  Louis XVIII à qui il vient de succéder ; un pacha, musulman albanais d'origine, Mohammed Ali, vassal du sultan de Constantinople dont il cherche à s'émanciper et à obtenir un jour l'indépendance de l'Egypte ; un diplomate piémontais, Bernardino Drovetti,  représentant de  la France pendant près de 25 ans auprès du Pacha, à qui il va souffler l'idée de ce fabuleux cadeau ; un scientifique éminent et vieillissant en la personne de Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, qui n'hésitera pas à payer de sa personne en allant lui même chercher la girafe à Marseille et en l'accompagnant, à pied, jusqu'à Paris.




On rencontre également un palefrenier avisé, le « Saïs » Hassan, qui va prendre grand soin de ce précieux chargement ; deux jeunes soudanais, Atis et Youssef, également du voyage pour accompagner et aider l'animal à s'acclimater. Un couple d’antilopes et trois vaches, dont le précieux lait permettra de nourrir et de maintenir en bonne santé le jeune animal, complètent ce cortège insolite, placé, le temps de la traversée de la méditerranée, sous la surveillance de militaires de haut rang.

Tous ces protagonistes apportent à ce récit historique une touche de romanesque, sur fond de géopolitique, donnant un instantané des relations internationales et de ses enjeux dans cette première moitié du XIXe siècle. Nous avons là un éclairage inédit d'une période de l'histoire mal connue.

Quant à son auteur, Gabriel Dardaud, Olivier Lebleu retrace dans la préface du livre sa vie et son œuvre et nous décrit, dans ces premières pages, un homme à l'histoire tout aussi passionnante. Grand témoin du siècle dernier, de ses contractions et de ses évolutions, spécialiste du Moyen-Orient où il aura passé la majeure partie de sa vie, nous nous trouvons en présence d'un homme doté d'une personnalité remarquable. La mise en perspective de sa propre confrontation à l'histoire et le récit étonnant qu'il nous offre, donne au livre une dimension particulière, absente de la première édition.

Une rencontre avec une girafe et un homme, tous deux aux destins hors du commun, voici une première recherche qui plaçait ma carrière débutante sous les meilleurs auspices...



mardi 28 juin 2016

X comme XIIIe arrondissement

La mairie du XIIIe arrondissement de Paris, située Place d'Italie est pour moi un lieu
important : les actes de naissance de mes enfants se trouvent à l'état civil, ainsi que l'acte de décès de mon père. Avis aux générations futures de généalogistes qui se pencheront sur l'étude de notre famille, la mairie du XIIIe est une bonne adresse.

Il y a quelques temps maintenant, à l'occasion du mariage d'un couple d'amis, j'ai découvert l'expression "mariés à la mairie du XIIIème. Voila qui avait de quoi intriguer la généalogiste que je suis mais également l'habitante de cet arrondissement parisien.


Cette expression remonte à l'époque où Paris ne comptait que douze arrondissements. Elle se disait des couples qui justement n'étaient pas mariés et qui vivaient en concubinage, ce qui était plutôt mal vu des âmes bien-pensantes et des honnêtes gens. Autres temps, autres mœurs, et à chaque époque ses débats, ses clivages et sa conception du couple.



C'est par la loi du 16 juin 1859, sous l'impulsion du baron Haussmann, que Paris va s'agrandir et intégrer non seulement des nouveaux quartiers, mais aussi annexer des communes (Grenelle - Vaugirard - Bercy - Charonne - Belleville - La Villette - La Chapelle - Montmartre - Les Batignolles - Passy et Auteuil).

Dessin Louis Bony

Dans un premier temps, dans le projet haussmannien , la mairie du treizième arrondissement devait se situer dans l'actuel seizième arrondissement, formé par les anciennes communes de Passy et Auteuil.

Mais en raison de cette "mauvaise" réputation, peut-être aussi par superstition - le 13 n'est-il pas en France censé porter malheur ? - de nombreuses personnes influentes ont refusé l’installation de la mairie du XIIIe arrondissement à cet endroit.

Ainsi fut créé le système de numération en escargot qui est toujours en vigueur à Paris : les quartiers bourgeois de l'ouest parisien bénéficiant d'une numérotation moins connotée, laissant le nombre 13 et ses significations aux quartiers plutôt défavorisés du sud de la capitale.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5523577z

L'expression est désormais tombée en désuétude, mais elle reflète bien une réalité à la fois sociétale et géographique, qui fait le sel des recherches généalogiques.



lundi 27 juin 2016

W comme Walter William Wilhelmine Wendy

J'ai bien regardé. J'ai examiné attentivement toutes les branches de l'arbre, tous les dos des photos et je n'ai aucun prénom commençant par la lettre W.

©Anne Dardaud

Les prénoms font la joie des généalogistes, surtout lorsque que l'on remonte assez loin et que les actes de baptême sont les seuls documents dont nous disposons pour nous assurer de l'identité de l'ancêtre recherché. On frôle parfois le nervous breakdown quand, entre l'acte de naissance (ou de baptême) l'acte de mariage et l'acte de décès, l'ordre des prénoms change (ce qui là est gérable), quand un prénom saute (là encore c'est un moindre mal) ou bien encore lorsqu'un ancêtre a décidé de se prénommer autrement ; la date de naissance permet de certifier l'identité, mais quand même : on aimerait bien lui dire deux mots ainsi qu'à l'officier d'état civil ou le curé qui s'est montré un peu léger sur ce coup-là.

Traditionnellement on donnait à l'enfant qui venait de naître le prénom de son père ou de sa mère, ou encore de son parrain ou de sa marraine, ou enfin d'un parent aimé dont on chérissait le souvenir. On trouve ainsi des générations de Joseph, de Pierre et de Charles, dont la position dans l'ordre des prénoms varie en fonction de leur degré de parenté. Coté femme, Marie, quelle que soit sa position, détient le record du prénom le plus donné : rien que dans ma branche : Prune Marie, Isabelle Marie, Mireille, Marie-Claude, Anne-Marie, Marie, Marie Louise. On parle de tradition : la mère donne la vie, le père le nom, mais qui donne le prénom ?

Parfois, le hasard fait bien les choses et inscrit le nouveau né dans une longue lignée : ainsi, mon fils que nous avons prénommé Léonard par goût propre, (tout lui accolant les prénoms de deux de ses arrières-grands parents : Paul et Alfred), et ce bien avant de débuter des recherches généalogiques, s'est avéré être le descendant en ligne directe de trois Léonard et de deux Léonarde, vivant dans la région de Limoges au 18e et 19e siècles. Voila qui plaçait mes débuts en généalogie sous les meilleurs auspices.

©Groot et Turk

A plusieurs reprises, j'ai rencontré des personnes qui avaient donné à leur enfant le prénom d'un frère ou une soeur défunt : ainsi Germaine est venue combler l'absence de la soeur jumelle de sa mère, disparue quelques jours après sa naissance ; même chose pour Gabriel, premier né de Paul-Henri, qui le nomme ainsi en mémoire de son frère aîné disparu très tôt.  Il y a aussi Pierre, cinquième d'une fratrie, et baptisé ainsi en remplacement d'un frère mort également en bas âge. Enfant de remplacement, prénom de remplacement à des époques où les naissances étaient nombreuses et la mortalité infantile élevée. On ne transmet pas que le prénom, mais également une partie de l'histoire de la personne qui le portait. Parfois lorsque cette histoire est particulièrement dramatique, cet héritage constitue un véritable fardeau pour la personne ainsi prénommée.


©Anne Dardaud
Il y a aussi les ancêtres facétieux : j'en connais un qui avait reçu lors de sa naissance les prénoms de Joseph Pierre, et qui à son tour a appelé son fils Pierre Joseph, tout en se faisant appeler lui même Auguste. Il a fallu du  temps pour comprendre de qui il était question dans les courriers et papiers retrouvés. Idem pour ces femmes baptisées Marie et que l'on retrouve sous d'autres sobriquets : ainsi Marie Louise enterrée sous le nom d'Elise... Mais elle n'est pas la seule : François sous le nom de Michel, Pierre sous le nom de Léon... de quoi mettre une belle pagaille dans les pierres tombales ! Quant à Juliette Flore, on n'a jamais su comment elle s'était faite réellement appelée tout au long de sa vie, les actes d'état civil n'ont jamais établi un ordre certain. Dans ces changements de prénoms, on sent toute la volonté de la personne de se différencier soit de son père, soit de ses frères et soeurs : on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas son nom de famille, mais il demeure un espace de liberté relative qu'est le prénom, soit en préférant son deuxième ou troisième prénom, soit en se rebaptisant d'un nom qui convient davantage à ses goûts. On s'affranchit du choix de ses parents. Mais c'est un véritable casse-tête pour le généalogiste qui n'a pas toujours les moyens de faire la connexion entre le prénom inscrit à l'état civil et celui que s'est attribué l'ancêtre récalcitrant.

Il y a ceux qui font preuve d'originalité, voire de modernité, en donnant à leur enfant des prénoms peu communs. J'ai rencontré Palmyre, Euphrasie, Euphémie, Danton, Scholastique, Euger, Axidonie, Omerine, qui venaient égayer les litanies de Pierre, Marie, Jean, Louise, Catherine etc. Quelle histoire a présidé le choix d'une telle originalité ? On pourrait penser de prime abord à une tradition familiale ou une particularité régionale ; or ce n'est que rarement le cas : ils sont uniques et jamais repris par le reste des descendants. Ce sont des pépites que le généalogiste est heureux de trouver, au même titre qu'une profession qui sort de l'ordinaire. Ces originalités mettent en lumière certaines branches de l'arbre généalogique, attirent l'attention sur certains ancêtres et contribuent à leur mémoire.


Enfin, il y a ceux qui par leur prénom apportent leur histoire et l'histoire de leur pays d'origine, en contribuant ainsi à un formidable brassage des cultures : les arbres qui sont enracinés dans des régions françaises depuis de nombreuses générations, voient apparaître dans leurs branches, au gré des époques, des guerres, des vagues migratoires, des bouleversements économiques et historiques, des prénoms aux consonances nouvelles : Esteban, Eugenio, Mersedeh, Antonio, Leila, Everard, Giuseppe, Driss, John... Les terres se mélangent, les nouvelles branches apportent de nouvelles pousses, fortes de la diversité de leurs origines.